Vous n'êtes pas identifié.
EraPartie Une : la Grotte de Sangorh
Le sol est devant moi, mais je ne le vois pas. Je ne sais pas ce qui m'entoure, ni si je monte ou si je descends.
Je ne sais pas si les quelques gémissements du vent que j'entends dans la pénombre sont réels où sont seulement le fruit de mon imagination...
Je suis perdu. Je m'étais juré que ça n'arriverais pas, mais c'est bel et bien survenu. Elle m'a prise dans ses bras glacés, m'a emportée avec elle, et m'a égaré de mes propres pensées. Je n'ai pas levé les yeux, à aucun moment... j'ai résisté à la tentation de regarder le ciel toute la nuit, mais ce fut en vain !
Alors, je m'arrête. A quoi bon encore avancer ? Je sais bien que je ne dormirai pas de toutes façons.
Je pousse un soupir en levant les yeux vers le ciel sans étoiles ni lune de la Black Night. Je contemple cette malédiction des dragons divins de Daëlys... mais rien ne se passe.
Même le ciel qui s'étend à l'infini au dessus de moi me trouve pitoyable, au point de ne pas me frapper de son sortilège annuel...
A moins qu'il ne considère que je suis déjà bien assez perdu, et qu'il n'a pas besoin d'en rajouter. Si c'est ce que le ciel pense, je dois bien avouer qu'il n'a pas tort.
Toujours immobile, je scrute l'obscurité qui m'entoure, mais je dois bien vite déchanter : ce qu'a un jour dit un dragon de Daëlys, ce n'est pas un pauvre demi-sang tel que moi qui va le changer.
« je déverse sur toi, Ô ma Nuit sans Étoiles, la confusion et la perdition. Que ceux qui te contempleront perdent leur route et ne retrouve leur âme qu'a la lumière qui t'anéantit. »
Sur ce point, Arcturus, le roi des dragons de Daëlys a été très clair. Alors, je continue d'avancer. Que faire d'autre ?
Je préférerais cent fois être à la merci de chasseurs de créatures, prêt à leur montrer ce qui arrive quand on s'en prend a moi ! En plein jour, où tout du moins durant une nuit normale je suis Khöl Thorin, à mi chemin entre le pégase et le dragon.
J'ignore ce que je suis, et qui je suis. Jamais je n'ai connu ma famille, ni n'est vu mes semblables. Je me suis même déjà souvent demandé si j'en ai...
Mais je suis aussi la mort qui frappe depuis le ciel, l'esprit indomptable... Tout les humains qui se sont dressés sur mon chemin ont payé leur affront de leur vie.
Et pourtant, face à la Nuit sans Étoiles, je ne peux rien faire d'autre qu'errer, au même titre que le plus insignifiant fermier !
Les dragons divins qui ont régit notre monde n'ont pas fait beaucoup de subtilités comme celle-là, mais pour moi, la Black Night est la pire de leur création.
Le lendemain, quand la lumière revint, je me demande tout d'abord où je me trouve. J'avais marché toute la nuit, et je me sens mal, j'ai les pattes endolories... mais où suis-je ? Quel est cet endroit lumineux où je me suis retrouvé ? Ça ne ressemble a rien que je connaisse...
Une sorte de grande falaise me fait face, haute et faite de roche noire. Il y a une entrée dans la roche : une crevasse à peine assez large pour me laisser passer. Je ne vois rien d'autre autour de moi. Je me suis perdu dans une plaine vide et désolée, limitée par cette imposant édifice sombre, mais naturel.
Que faire ? Entrer ?
Que faire d'autre en fait ?
Il n'y a personne a des kilomètres. J'ai marché toute la nuit à cause de la malédiction, je ne sais même pas si je suis toujours dans le même pays qu'avant.
D'un pas hésitant, je m'engouffre dans les ténèbres de la roche. Comme c'est oppressant !
Ce n'est pas du tout comme la Black Night, quand le ciel, bien que noir, reste assez loin et haut.
Ces ténèbres là donnent l'impression d'essayer de nous avaler, comme si je me rendais moi-même jusqu'au Bastion de Sangorah, lieu ou errent toutes les âmes maléfiques de se monde.
Plus je m'enfonce sous la roche, plus je regrette de ne pas être resté dehors. Alors que je suis sur le point de faire demi-tour pour trouver un chemin dans la lande perdue, j'entends comme un chant.
Une sorte de mélopée funèbre, qui me prends au cœur et me donne presque envie de pleurer. C'est si sombre, si triste... comme les femmes en noir que j'ai déjà vu, celles qui se regroupent quand un décès a lieu. De longs voiles noirs couvrent leurs visages et flottent doucement au grès du vent, pendant que leurs yeux emplis de larmes regardent le sol, tentant vainement de cacher la douleur qui mord férocement leurs cœurs.
Chacune des notes que j'entends me rappel cette vision. C'est aussi beau que triste, et on sait que personne, même pas le plus cruel des tyrans, n'oserait interrompre un moment pareil.
Alors je continue d'avancer dans les ténèbres, comme si la symphonie funèbre m'appelait dans son labyrinthe.
Je finis par parvenir à me glisser dans une immense salle sous la roche, faiblement éclairée par de vagues lumières venues du plafond, semblables à des étoiles mourantes donnant leurs dernières lueurs.
Mais quand je dis ''salle immense'' c'est peu de le dire ! Elle est si gigantesque qu'on pourrait y construire deux château royaux et les espacer chacun de dix mètres, sans que les remparts ou les tours ne touchent les parois sombres de la grotte.
Une sorte de petit promontoire se dresse au milieu, dominant l'obscurité, les faibles lumières et la beauté de cet endroit.
Une créature se trouve au sommet de ce promontoire. C'est un dragon tel que je n'en ai jamais vu. Ses yeux sont bleus comme la nuit, ses écailles sont noires, mais ses ailes sont en plumes. D'innombrables taches de lumières, semblables à des éclats dorés, couvrent les écailles et les plumes du dragon.
Mais surtout : c'est cette créature qui entonne ce chant funèbre. C'est cette créature qui chante, et l'expression qui émane de son visage est exactement la même que celle des dames en noir : lasse, vague et triste.
Pendant de longues minutes, je n'ose bouger. J'observe, je me demande si j'ai le droit d'être là. Je me demande qui elle est, et pourquoi elle chante comme ça.
Soudain, elle s'arrête de chanter, et tourne vers moi ses yeux de ténèbres et d'eau. Elle me contemple un long moment.
Alors la créature s'adresse à moi d'une voix douce, pleine de tristesse et de sentiments, comme si toute la douleur du monde se trouvait enfuie dans son cœur.
« Khöl Thorin. Je t'attendais. Je savais que tu allais venir. Le chant de la nuit t'attire irrésistiblement. Il t'appelle, si fort que même la Nuit sans Étoiles reste sans pouvoir face à toi. Tu voulais tant retrouver ces hymnes des ténèbres que tu en as oublié les malédictions des dragons de Daëlys.
_Vous faites erreur, je me suis bel et bien perdu. La Black Night m'a égaré...
_Non, Khöl Thorin : c'est le chant qui t'a égaré. Tu le cherches depuis si longtemps que tu as oublié ce que tu quêtais. Tu cherches qui tu es, car tu ne sais pas pourquoi tu es comme ça. Jamais tu n'as croisé d'autres hybrides comme toi. Tu peux faire croire aux hommes que tu ne souffres pas, que tu es un esprit de la nature et que tu peux régler à coup de griffes et de crocs chaque problème, moi tu ne m'auras. Je sais que tu cherches une destiné.
_Mais... c'est insensé ! Et puis, qui êtes-vous d'abord ? Comment connaissez-vous mon nom, après-tout ?
_Je suis Sangorah, la déesse des ténèbres. Cela fait près de vingt ans que je t'appelle, et tout aussi longtemps que tu me cherches. Nous voilà enfin réunis, toi et moi.
_Je te cherchais ? Mais...
_Ton cœur me cherchait, mais tu ne l'écoutais pas. Tu ne l'as jamais écouté. Moi, tu m'écouteras. Reste à mes cotés, et pour l'éternité. »
''l'éternité'' je ne sais pas si je peux vraiment comprendre ce mot, mais il semble chanter en moi comme un hymne funèbre.
Alors je suis resté avec Sangorah.
Alors, je suis devenu éternel.
Dernière modification par Era (14-03-2014 20:45:56)

Hors ligne
Ashire
Hé bien je suis soufflé, c'est un très beau début d'histoires, j'aime bien le style, dès le départ on se plonge dans le personnage et on voit avec ses yeux. Je ne sais pas trop quoi dire de plus, ma réaction a chaud est limité mais retiens juste une chose ... LA SUITE !!!
Hors ligne
EraLa suite O_O
Heu... va falloir que je trouve car ce n'était pas du tout prévu, mais je peux peut-être trouver ^^ faudra me laisser le temps d'élaborer alors 

Hors ligne
Tornade

J'aime beaucoup ce récit.
On est vite dedans, on ressent le personnage et ce qui lui arrive. J'ai visualisé sans mal le personnage, les lieux et le déroulement car le récit est harmonieux, avec des images et mots bien choisis. Vraiment un très beau texte.
En tant que texte court je le trouve bien ainsi. Si cependant tu fait une suite je serrais curieusement de voir ce que sera la destinée de Khöl Thorin ^^

Hors ligne
EraJe vous rassure, la partie deux et la trois ( à paraitre bientôt ) ont un rapport avec la partie une, mais il ne se découvrira qu'au fil de l'histoire :p
Partie Deux : Une fille qui jamais ne s'endort.
Cette nuit, une Black Night aura lieu. Depuis quelques temps, leurs nombres augmentent, sans que l'on sache vraiment pourquoi.
Mais il y a beaucoup de choses qui se passent sans qu'on sache pourquoi. Par exemple, moi, pourquoi je ne dors jamais ?
Ce n'est pas que je ne veuille pas, mais je n'y arrive pas. Chaque nuits, au lieu de me sentir engourdie et fatiguée, comme le commun des mortels, je mets à entendre les musiques célestes de la nuit, je peux alors prédire s'il y aura un orage nocturne, un grand vent, une nuit calme ou... une Black Night.
Je connais chacune de ces musiques si bien que je peux toutes les siffloter durant le jour. Toutes ces mélodies si belles, si étranges et qui font parties de ma vie.
La musique d'une nuit normale est une longue mélopée, un peu lugubre, mais très légère et douce, presque comme une balade. Les sons qui la composent font beaucoup penser à ceux d'une flute. Quand une nuit est couverte d'un nuage de pluie, la musique est à peut près similaire, mais elle est accompagnée d'un léger son rythmé et persistant, comme un tambour un peu monotone.
Si par contre il y a de l'orage, les sons peuvent devenir beaucoup plus puissants, parfois même extrêmement violents. J'ai déjà entendus de véritables concerts de rock venir tout droit d'un ciel de nuit déchainé et déchiré par des éclairs lumineux.
Mais mon chant préféré reste celui de la Black Night : une véritable mélopée funèbre qui m'emplit d'une irrésistible envie de pleurer chaque fois que je l'entends. Elle est aussi douce que terrible, aussi triste qu'un enterrement, mais si belle...
Je ne sais pas pourquoi j'arrive à faire ça. Je ne sais pas comment je fais pour rester en plein forme sans avoir dormis une seule petite minute depuis ma naissance.
Pour beaucoup, mon don est de nature divine. Les gens parlent de moi, je le sais. Ils pensent des tas de choses sur moi à cause de mes pouvoirs, de mes prédictions...
Mais cette nuit, j'essaye de ne pas y penser. Il n'y aura pas d'étoiles, et la nuit maudite va tout emporter, enlevant de son ombre envoutante tout les malheureux qui auront l'audace de la regarder. Personne n'osera sortir pour me déranger, et je pourrai écouter les chants nocturnes tranquillement.
Car oui, évidemment, la malédiction pourtant si puissante des Black Night ne m'affecte pas : je peux admirer, et écouter, ces splendeurs sans lumière pendant des heures, je garderai tout mes souvenirs en tête, et jamais l'envie de me perdre à des centaines de kilomètres de chez moi ne me prendra.
C'est plutôt une bonne chose, en soit, de n'avoir rien à craindre de la nuit, mais ça laisse un grand dilemme derrière moi : aussi puissante je suis la nuit, autant le jour je fuis la lumière comme les oiseaux fuient la silhouette d'un chat : je la redoute, tout comme je redoute la chaleur.
Il me suffit de passer un petit quart d'heure au soleil pour commencer à avoir de sérieux coups de soleil.
Soudain, au milieu de la musique calme de la nuit magique, j'entends un bruit qui m'arrache a la fascination de la musique céleste.
Mais je ne m'inquiète pas. Personne, durant une Nuit sans Étoiles, ne représente un moindre danger, et nombreux sont ceux que je vois passer.
Tous sont perdus, les yeux dans le vague, à ne même pas savoir où ils vont.
J'ai parfois, je l'admets, mal au cœur pour eux de les observer, sans être le moins du monde affectée par le phénomène.
Cette nuit, c'est une femme qui s'avance devant moi, le pas trainant, caractéristiques des maudits de la nuit.
Elle ne doit pas être beaucoup plus vieille que moi, peut-être cinq ans de plus, grand maximum. Ses cheveux noirs sont à peine visible dans l'ombre, et ses yeux bleus rivés sur le ciel ne trahissent aucune autre émotion que la sérénité.
Classique.
Soudain, sans raisons, elle tourne la tête vers moi.
Ses yeux vagues et apaisés croisent les miens, et je perçois dans son regard l'absence d'âme et de conscience...
Mais je sens déjà que quelque chose ne va plus. La jeune femme s'arrête, et peu à peu, les douces musiques du ciel que j'entends se font plus faibles, puis disparaissent...
Et peu à peu, moi aussi, je disparais...
Le lendemain, je m'éveille aux premières lueurs de l'aube. Je ne sais pas où je suis, j'ai la bouche aussi sèche que si j'avais hurlé toute la nuit. Mon cerveau semble sur le point d'exploser.
Quelque chose ne va vraiment pas... la lumière du Soleil me caresse, mais ne me brule pas ni les yeux, ni la bouche, ni la peau pâle et si fragile.
Et je me sens mal. Je me sens vide, lasse, je n'ai plus aucune forces... je me sens... fatiguée !
Pour la première fois depuis que je suis née, je me sens épuisée, je ne suis pas sensible à la lumière du jour... et surtout, pire que tout...
La Black Night m'a prise !
Est-ce possible ? Je ne l'aurais jamais cru. En dix-sept ans de vie, jamais je n'ai ressentis le besoin de dormir. Jamais aucune nuit maudite ne m'avait égarée.
Le regard de la jeune femme passée devant moi hier... c'est en le croisant que je suis redevenue... Normale.
Mais ce détail là devra peut-être attendre... car la nuit m'a enlevée, m'a emportée, mais je ne sais pas ou elle m'a emmenée.
Je suis au pied d'une chaine de montagnes. Les montages de Cristal, sans aucun doute. Il n'y a aucune autre chaine à des centaines de kilomètres à la ronde, et je ne peux pas avoir traverser en une seule nuit tout le pays.
« Ha ! Tu es enfin réveillée. Je me demandais combien de temps tu allais dormir. »
Je me retourne vivement en direction de la voix qui vient de s'adresser a moi, le cœur ayant cogné dans ma poitrine de surprise.
Quand je vois de quoi elle provient, j'ai le souffle coupé.
Quatre mètres de longs, une tête et un dos armés d'épines solides et tranchantes comme des lames de diamant. Des écailles plus blanches que la neige, plus brillantes que le cristal et plus solide que l'acier. Des ailes en peau bleue-ciel tendue entre des doigts blancs aux griffes d'argent. Des yeux plus doux que la lumière de la Lune, mais aussi féroces que ceux d'un aigle des montagnes.
Un dragon de Crystallize me surplombe de toute sa magnificence.
« Excusez-moi, c'est la Black Ni...
_Ho, mais je sais pourquoi tu dormais, rassures-toi. C'est ce qui m'étonnes, justement. Ne devrais-tu pas être immunisée contre les forces maléfiques de la nuit ? Le sommeil t'est logiquement dispensé, c'est comme ça que les choses ont été décidées, pourquoi donc les changer ?
_Je n'en ai pas la moindre idée... Pour être franche, je ne pensais pas que mon don allait à ce point de soit...
_A ce point de soit ! Mais bien sur qu'il va à ce point de soit ! TU es Aravis, la fille qui jamais ne s'endort. Il en fallait une, et c'est toi, comme tout tes prédécesseurs, la lignée de ceux qui jamais ne s'endort ! C'est Arcturus, le chef des Dragons de Daëlys lui-même qui l'a décider, la jour même où il a créé la Nuit sans Étoiles. Il avait dit qu'une personne devait toujours y résister ! »
Le dragon parle comme si ce qu'il dit a un moindre sens, mais à mes oreilles ça n'en a aucun ! Comment peut-il savoir ce à quoi pensent les Dragons de Daëlys, et en particulier Arcturus, celui qui a lui-même créé la Black Night.
Voyant que je ne réponds pas, le dragon de Crystallize reprend.
« Il faut aller à la Grotte de Sangorh. Ce n'est pas normal. Tu dois retrouver ton pouvoir, et surtout savoir comment la volonté même d'Arcturus a été désobéi !
_Mais comment pouvez-vous savoir que c'est du roi des Dragons de Daëlys que me vient ce don ? Ça me dépasse...
_Parce que... ma chère enfant... je suis moi-même Arcturus. »

Hors ligne
EraJe met la suite ou pas ? De mon coté Black Night est entièrement finie et j'ai même entammé I'm a Shadow, une autre histoire.

Hors ligne
EraAllez, encore !
Troisième présentation de perso et l'histoire commencera au chapitre 4 ^^
Partie Trois : Une mélodie plus belle encore que celle de la Black Night.
Je ne sais pas comment je suis arrivée là.
Je ne savais même pas que j'étais restée inconsciente. Il me semble que mon absence n'a durée qu'une petite seconde, aussi brève qu'un clignement de paupière, mais je suis là, enfermée dans cette pièce.
Un simple regard me suffit pour comprendre que je ne ressortirai pas de si tôt de cet endroit. Les murs n'ont pas été peints, et des blocs de briques brunies par l'action du temps s'en détachent aussi facilement que des miettes de pain.
Il règne dans l'air une moiteur et une obscurité très différente de celle à laquelle je suis habituée. Moi, je suis accoutumée aux vastes espaces vides du ciel...
Je n'ai toujours pas compris le pourquoi du comment j'ai atterri dans cette cage sombre, mais je me lève tout de même.
Une cave, ou un entrepôt.
Je suis entourée de dizaines de caisses en boit, toutes plus usées, moisies et abimées les unes que les autres.
En relevant la tête vers les murs, mon cœur fait un bon : une fenêtre !
Je me dirige vers elle, et j'avance ma main tremblante, couverte de boue et de terre, vers elle.
Fermée.
Tout mes espoirs s'envolent alors loin dans le ciel, et me laissent seule dans cette pénombre moite et morne. Dès que j'ai ouvert les yeux, j'ai su que ceux qui m'avaient enfermés là m'avaient pris ma lance.
Je n'ai plus aucun moyen de sortir d'ici.
Ils m'ont tout pris : mes espoirs, mes rêves, ma liberté, ma lance. Je ne vaux pas mieux, maintenant, qu'un oiseau en cage.
Je m'assieds sur la roche froide qui compose ma prison, et je me mets à pleurer. Quel monstre a pu faire une chose pareille ?
Pourquoi enfermer de cette façon une ange nocturne ? Nous qui ne sommes que de douces poétesses des étoiles, des rêves et de la Lune, nous qui n'avons jamais rien fait d'autre qu'entonner des hymnes aux nuits et aux vents nocturnes ?...
Pourquoi me faire ça à moi, Lunaëlle, la plus jeune d'entre toutes ?
Je ferme les yeux, et tente de me battre contre mon désespoir, mais il est bien plus fort, et a de bien meilleurs raisons d'exister que mon courage. Il n'y a rien autour de moi, rien qui puisse me faire croire que je reverrai un jour la lumière des astres, que le vent, un jour caressera de nouveau mes plumes blanches comme la neige, et que je me remettrai à chanter en l'honneur de la beauté des ténèbres.
Je sanglote seule pendant une heure, puis deux... puis au bout de celle-ci, je n'ai même plus le courage de sangloter.
Je me relève, me cognant presque la tête contre le plafond trop bas.
Dans un mouvement lent, accablé et désespéré, je me mets à ouvrir le petit coffre juste à coté de moi. Quitte à ce que je passe le restant de mes jours, immortels, sans le moindre besoin d'eau ou de nourriture, comme pour tout ange, dans ce cachot, autant que je sache ce qui y est entreposé avec moi.
Le coffre dont la puissante odeur de moisie me donne des haut-le-cœur ne contient rien d'autres que des bougies... de bêtes bougies en cire d'abeilles. Et dire que je n'ai nulle flammes sur moi pour les allumer. Je ne peux que les regarder comme çà, bêtement... tristement... en pleurant.
Mais d'un brusque mouvement, je me relève : il y a encore une vingtaines de caisses autour de moi. Je dois toutes les ouvrir, je veux toutes les ouvrir.
Une, deux, trois... jusque dix-neuf, je continue inlassablement à casser le cadenas rouillé et fragilisé par l'humidité et l'action du temps de chaque petite caisse.
Mais au bout de dix-neuf caisses, je n'ai toujours rien trouver d'autre qu'un assortiment de bougies, toutes différentes, mais toutes éteintes, et sans la moindre boite d'allumettes, ou même le moindre bout de bois ou encore fragment de silex pour les allumer.
Alors que je m'agenouille devant la vingtième et dernière caisse, je sens que mon courage s'envole, et s'écoule hors de moi comme un torrent hors d'un barrage trop faible. Je sais ce qu'il y aura dans cette dernière caisse : d'autres bougies. Encore...
Et puis plus rien, plus d'espoir, j'aurai ouvert toutes les boites.
je n'ose presque pas toucher le bois pourrit, j'ai tellement peur de me mettre à pleurer en voyant les bouts de cire disposées en cercle, soigneusement rangés, dans la boite.
Mais s'il y a la moindre chance que cette boite-là, la dernière, précisément celle-là, renferme quoi que ce soit d'autre que des bougies en cire, ma seule façon de le savoir est de franchir le pas et d'ouvrir son contenant.
D'une main tremblante, plus que jamais au cours de toute ma vie, je m'attaque au cadenas, en tout point identique à tout les autres. Quand il cède, j'ouvre lentement le couvercle, le cœur battant.
Je ferme les yeux, je retire le dessus de la boite.
Puis je reste là, un instant, n'osant ouvrir les yeux pour découvrir que le contenu de la dernière caisse n'est qu'un tas de bougies poussiéreuses. Je me surprends même à rêver que c'est tout autre chose, mais je sais que ce n'est qu'un rêve.
Dans ma tête, je prends mon courage à deux main, compte jusque trois et ouvre brusquement les yeux.
Alors que mes prunelles grises se posent sur le contenu de la dernière caisse, je sens les larmes me monter en bas de celles-ci. Je n'ose même plus respirer.
Puis je me mets à sangloter. Je n'arrive plus à m'en empêcher. J'essaye de me calmer, de reprendre le contrôle de mes poumons et de ma respiration, mais c'est impossible.
Alors, je tente de me vider la tête, pour ainsi essayer de reprendre mon calme avant de poser à nouveau mes yeux sur la caisse.
Ce processus prends quand même dix minutes. Quand je suis tout à fait sure que je ne m'effondrerai plus en larmes devant la boite pourrie, et surtout son contenu, je rouvre mes yeux.
Malgré les efforts énormes que j'avais fournie, je suis à nouveau submergée par une vague d'émotions que je peine à contrôler.
De tout ce que j'aurais pu rêver trouver dans cette caisse, tout ce que j'aurais imaginer y découvrir, alors que j'avais perdu tout espoirs...
C'est si beau, ce qu'elle renferme, que je n'ose y croire.
Un violon, un sublime violon en acajou des Îles du Sud, au manche en argent, finement décoré de feuilles d'or, en parfait état, qui n'attend que des doigts experts pour offrir ses plus belles mélodies.
Doucement, délicatement, pour faire durer encore plus ce moment inespéré, je prends l'instrument entre mes mains. Il est encore plus beau de près qu'au fond de sa boite moisie et malodorante !
Je prends son archet, en or blanc et en acajou, puis teste avec une infinie douceur le son du violon.
Il est si pur, si doux, et si triste. On dirait que ce n'est pas moi, mais l'instrument qui hurle sa tristesse, son désespoir et sa douleur au monde entier.
Prise d'une lueur d'espoir infinie, je laisse le moment présent couler en moi. Je laisse mon désespoir, ma tristesse, ma douleur... je laisse tout couler en moi, vers la main tenant l'archet, puis je commence à jouer.
La mélodie ressemble au souffle, aux battements du cœur et aux pleures d'une petite fille qui vient de découvrir le corps sans vie de son chien, et je verse une larme tout en l'interprétant... quand il se produit soudain quelque-chose d'encore plus beau que la découverte du violon !
A l'instant où la musique commençait réellement à s'intensifier, et devenait une véritable symphonie, toutes les bougies se sont allumées en même temps.
Je m'arrête de jouer, et elles s'éteignent toutes !
Un violon magique ! Un violon sacré, qui dévoile toutes les lumières quand il joue, voilà ce que j'ai trouvé !
J'ignore pourquoi, mais ceux qui m'ont enfermé dans leur cave m'ont mise là où ils avaient caché le plus beau tour de magie que je n'avais jamais vu de ma vie : un violon au son parfait qui en jouant allume les flammes d'une bougie.
Même les pleures et les murmures de Sangorah des Ténèbres, qui en se déversant sur le ciel offrent aux hommes les hymnes de la Black Night, semblaient plats et sans saveur à côté de cette découverte !
Je laisse toutes ces nouvelles émotions couler en moi, au plus profond de mon âme... je laisse cet espoir inespéré emplir complétement mon être, puis je me mets à jouer.
Jamais je n'avais jouer aussi bien, jamais je n'avais entendu de musique aussi belle : pleine d'espoir et de tristesse en même temps.
La plus belle mélodie que cette planète ai jamais portée vient de naitre, au fond d'une cave, abandonnée, parmi les rats et la boue.
Quand j'entends ces notes, j'ai l'impression de voir une assemblée d'elfe blancs des Forêts du Sud, comme celle que j'ai vue il y a déjà trop longtemps...
Quand une nouvelle reine est couronnée le jour de la mort de la précédente. Alors a lieu une cérémonie magnifique, qui brille par son silence et par sa simplicité, mais aussi par ses promesses en tout genre. Il y a durant ces cérémonies autant de larmes de tristesse que de lueurs d'espoir dans les yeux des fidèles.
Chaque note de ma symphonie me rappel ces elfes et leur mystérieuse coutume...
L'espoir vient de la lumière des centaines de bougies allumées autour de moi, brillantes comme de petites étoiles, chantant presque en même temps que je joue de mon précieux violon.
Mais la tristesse vient de cette même musique, car je sais bien que jamais je ne ressortirai.
Triste parce que cette musique, la plus belle qui est jamais été entendue, c'est le chant de l'ange qui est en cage.

Hors ligne